bonne


bonne

bonne [ bɔn ] n. f.
• 1708 t. d'affection; 1762 « gouvernante d'enfants »; subst. fém. de 1. bon
1Vieilli Bonne à tout faire : domestique s'occupant du ménage, du linge, des courses, de la cuisine, etc. ⇒ domestique. Bonne d'enfants. gouvernante, nurse.
2Absolt Domestique, employée de maison qui vit chez ses employeurs. Péj. boniche. Avoir une bonne. Chambre de bonne. Loc. Je ne suis pas ta bonne : je ne suis pas à ton service.
bonne (à la)1. bon (I, B, 3o).

Bonne domestique logée et nourrie assurant l'ensemble des travaux du ménage. (Le terme administratif est employée de maison.)

bon, bonne
adj., adv. et Interj.
aA./a adj.
rI./r
d1./d Qui a les qualités propres à sa destination, qui est utile. Avoir de bons yeux, une bonne digestion. Donner de bons conseils.
Loc. fig. Avoir bon pied, bon oeil.
|| Loc. Il est bon de, bon que...: il est utile de, que... Croire, juger, trouver bon.
Rien de bon: rien qui vaille.
d2./d Qui a acquis un certain degré de perfection dans un travail, un métier, une science. Un bon élève. Un bon nageur. Il est bon en anglais. Syn. sûr, capable, compétent.
d3./d Qui possède une valeur intellectuelle ou artistique. Un bon livre.
d4./d Conforme aux règles morales ou sociales. Avoir bon esprit. Un jeune homme de bonne famille. Le bon droit. Syn. équitable, juste, droit, honnête, correct.
d5./d Agréable. De la bonne cuisine.
(Formule de voeux.) Souhaiter la bonne année. Bon appétit!
|| (Afr.subsah.) Bonne arrivée!: Syn. de bienvenue!
d6./d Spirituel, amusant. Un bon mot.
Elle est bien bonne!: elle est très drôle, en parlant d'une histoire; (par antiphrase) c'est déplaisant, surprenant, en parlant d'un événement.
|| Subst. Fam. En avoir de bonnes: exagérer, plaisanter.
d7./d Aimable; simple.
|| Loc. Bon enfant.
Bon vivant.
d8./d Juste, correct. Avoir un bon jugement. Ce calcul est bon. écrire en bon français. Arriver au bon moment.
(Suisse) Bon allemand: allemand courant, par oppos. aux dialectes alémaniques.
d9./d Loc. Bon pour: qui convient à. Un médicament bon pour le foie.
|| Bon pour le service: apte à faire son service (militaire).
Fam. être bon pour...: ne pas pouvoir échapper à... Je suis bon pour un rhume avec ce froid!
|| Bon à: propre à. Il n'est bon à rien: il est incapable de faire quoi que ce soit d'utile.
|| (Belgique) Avoir (qqch) de bon, l'avoir en réserve. J'ai cinquante francs de bon.
rII./r
d1./d Qui aime faire le bien (personnes). "Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon" (La Rochefoucauld).
d2./d De disposition agréable; bienveillant, poli. être de bonne humeur. De bon gré. Bon accueil.
d3./d Qui montre de la bonté. Avoir bon coeur. Un homme bon. Une bonne action.
|| Ce bon monsieur de La Palice.
rIII/r
d1./d Très important. Une bonne quantité. Cela fait un bon moment qu'il est parti.
|| Une bonne fois pour toutes: définitivement.
|| Arriver bon premier: le premier loin devant les autres.
d2./d (Par antiphrase.) Fort, violent. Il a pris une bonne correction.
|| Loc. Une (bien) bonne: une chose surprenante. Je vais t'en raconter une bonne!
aB./a adv.
d1./d adv. de manière. Sentir bon. Tenir bon: résister fermement. Il fait bon: la température est agréable. Il fait bon (+ inf.): il est agréable de. Il fait bon marcher.
(Négativement) Il ne fait pas bon s'y frotter: on risque des désagréments à le mécontenter.
|| (Suisse) (Joint à un adj.) Très. Il fait bon chaud.
d2./d Loc. adv. à quoi bon?: à quoi sert-il de...? à quoi bon tant de discours?
|| Pour de bon: réellement (litt. tout de bon). Se fâcher pour de bon.
|| (Suisse) Tout de bon: formule de souhait que l'on prononce en prenant congé.
|| Fam. à la bonne: en sympathie. Elle m'a à la bonne.
d3./d Loc. adv. (Afr. subsah.) Fam. Bien bon: beaucoup, très bien. Son père l'a bastonné bien bon.
aC./a Interj.
d1./d Bon!: marque la satisfaction.
d2./d Marque la surprise, la déception. Allons bon!
d3./d Marque le mécontentement, la restriction ironique. Je n'ai pas fini.
Bon, voilà autre chose!
d4./d C'est bon!: assez!
N. B. Le comparatif de supériorité de bon est meilleur. Bon épithète est en général placé avant le nom.
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bonne
n. f.
d1./d Servante, domestique.
Bonne d'enfants, chargée de préparer leurs repas, de veiller à leur hygiène, à leur sécurité, etc. Syn. (oc. Indien) nénène.
d2./d Bonne à tout faire ou (cour.) bonne: employée de maison nourrie, logée et rétribuée qui s'occupe des travaux domestiques. Syn. (Afr. subsah.) boyesse, (Madag.) ramatou.

⇒BONNE, subst. fém.
MÉT. Fille, femme employée à divers travaux domestiques. Bonne à tout faire. (Quasi-)synon. petite Marthe :
1. Un domestique de grande maison souriait, entre ses favoris d'étiquette à une cuisinière de la haute ville. Complices de même race, ils se contaient leurs potins d'office :
— Figurez-vous que madame... Ils méprisaient la plèbe des petites bonnes à tout faire et narguaient les ménagères de la basse ville qui vont au marché, panier au bras :
— Ça n'a pas de domestiques!
HAMP, Marée fraîche, 1908, p. 28.
2. ... je ne vous cacherai pas qu'au séminaire, il nous arrive de faire de nos futures servantes le sujet d'innocentes plaisanteries. Et par exemple, nous avons ce proverbe : « Une bonne de curé, disons-nous, c'est comme une belle-mère, tout bon ou tout mauvais. »
BERNANOS, Un Crime, 1935, p. 737.
[P. réf. à l'Évangile de saint Luc, X, 39-42; supra petite Marthe] :
3. Et Antoine Arnault pensa : « Elles [les béguines] ont le bonheur. Elles sont là, durcies dans leur confort mystique. Leur petite âme de pierre a éteint leur corps. Chez elles nulle ardeur. Petites cuisinières de Dieu, bonnes de Marthe, qui fut la bonne de Marie!
A. DE NOAILLES, La Domination, 1905, p. 74.
Spéc. Bonne (vx) ou bonne d'enfants. Personne attachée au service d'une famille pour s'occuper des enfants. (Quasi-)synon. gouvernante, nurse :
4. ... cette fidèle berceuse (...) la première amie de l'homme, la bonne, ce personnage si bien nommé la nourrice (...) vint se présenter à l'esprit de Guillaume comme un type vénérable, comme un être sacré qu'il se reprochait d'avoir oublié si longtemps.
G. SAND, Jeanne, 1844, p. 48.
5. Le salon des grands paquebots est une espèce de saint-des-saints où les petits enfants ne sont pas admis pour diverses raisons, dont la principale est qu'ils ont le mal de mer imprévu. Ils sont locataires d'un domaine particulier, qui est la coupée. C'est là que se retrouve leur table, présidée par une stewarsness de confiance, et servie par leurs bonnes particulières, qui sont des deux sexes, car les Chinois et les Hindous sont d'excellentes bonnes d'enfants, et c'est évidemment pourquoi la coutume providentielle de leurs pays veut qu'ils aient une robe sur les jambes, ...
MILLE, Barnavaux et quelques femmes, 1908, p. 258.
PRONONC. :[].
ÉTYMOL. ET HIST. — 1708 (FUR.).
Forme subst. de bonne, fém. de bon1, employée à l'orig. comme terme d'affection.
STAT. — Bonne, adj. et subst. Fréq. abs. littér. :30 538. Fréq. abs. littér. :XIXe s. : a) 42 313, b) 57 808; XXe s. : a) 46 260, b) 34 970.
DÉR. Bonnin, ine, subst. Instituteur, institutrice (s'occupant des enfants de trois ans, dans le système de Ch. Fourier). Les petits enfans, dans l'ordre combiné, étant élevés dans des salles où on classe les âges, les caractères, les tempéramens, afin de pouvoir discerner et développer les instincts, il est forcé de donner des noms à ces catégories de petits enfans, (...). J'ai employé les diminutifs de noms admis; (...); de BONNE j'ai fait bonnin et bonnine; soignant à trois ans la classification et l'essai des tempéramens, M. Guizot trouve cela très divertissant : il est vrai que cela devient pitoyable sous sa plume; mais cela ne semblera point étrange à qui saura que le ménage combiné fait l'éducation industrielle et sanitaire dans l'âge de deux à quatre ans, âge où la civilisation ne sait tirer aucun parti de l'enfant, livré pendant ces deux années à des filles ignorantes nommées BONNES (FOURIER, Le Nouv. monde industr., 1830, p. 36). Repris en manière de dérision par Proudhon (La Pornocratie, 1865, p. 168). 1re attest. 1829 (FOURIER, Le Nouv. mond. industr. et sociétaire (distribué en séries passionnées), Paris, Bossange, p. 200); dér. de bonne, fém. de bon1, suff. -in. Fréq. abs. littér. : 2.
BBG. — Mme de Genlis et le bon lang. Vie Lang. 1971, p. 473. — MAT. Louis-Philippe 1951, p. 40 (s.v. bonnin). — RIGAUD (A.). Parlez-vous hexagonal? Vie Lang. 1969, p. 650.

1. bon, bonne [bɔ̃, bɔn] adj., adv. et interj.
ÉTYM. 881 (personnes); XIe (choses); du lat. bonus. REM. 1. Phonét. Bon se prononce [bɔn] devant un nom commençant par une voyelle ou une h muette (ex. : un bon ami [œ̃bɔnami]).
2. Le comparatif de bon est meilleur; plus… bon peut s'employer lorsque les deux mots ne se suivent pas. Plus ou moins bon. Plus il est bon, plus on se moque de lui. Plus une œuvre est bonne, plus elle attire la critique (Flaubert, in Grevisse, no 364). Il est bon plus que sage : il est bon plus qu'il n'est sage (cf. Hanse, Bon). Un vin est plus ou moins bon qu'un autre. « Une tisane est plus qu'une autre bonne contre telle maladie » (Littré). → Plus (plus ou moins).
3. Place de bon. Généralement avant le nom, en épithète, sauf aux sens I, B, 4 (bonté) et C.
4. Sémantisme. L'adjectif, comme les principaux évaluatifs : beau, bien…, suppose un jugement de valeur par rapport à une norme. Cette norme est à la fois sociale et individuelle; le « sens » de bon est fonction de l'« acte de parole » du locuteur, et relatif au sens du substantif avec lequel on l'emploie.
———
I Adj. Qui est évalué positivement, par rapport à sa nature, sa fonction, et dans une hiérarchie de valeurs sociales, tant sur le plan esthétique ou intellectuel, qu'utilitaire, ou que moral. Agréable, avantageux, beau (admirable, etc.), bien, correct, efficace, favorable, heureux, intéressant, parfait, profitable, propice, propre, utile. || Assez bon. Acceptable, convenable, moyen, passable, satisfaisant, suffisant, utilisable. || Fort bon, très bon. Excellent, exemplaire, et aussi le comparatif meilleur (cit. 1).
1 (…) trouver bon ce qui est bon, et meilleur ce qui est meilleur (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 21.
2 (…) nous marchons en aveugles, ne sachant où nous allons, prenant pour mauvais ce qui est bon, prenant pour bon ce qui est mauvais, et toujours dans une entière ignorance (…)
Mme de Sévigné, 922, 15 déc. 1683.
3 Commander est bon; être riche est bon; et ces bonnes choses mal prises et mal désirées, font néanmoins tout le mal du monde (…)
Bossuet, Traité du libre arbitre, 11.
4 Rien n'est plus commun que les bonnes choses, il n'est question que de le discerner (…) la nature, qui seule est bonne, est toute familière et commune (…)
Pascal, De l'esprit géométrique, II.
5 Dire d'une chose modestement ou qu'elle est bonne ou qu'elle est mauvaise, et les raisons pourquoi elle est telle, demande du bon sens et de l'expression (…)
La Bruyère, les Caractères, V, 19.
6 (…) ce qui est bon aujourd'hui est dangereux demain (…)
Fénelon, De l'éducation des filles, V.
(Avant une évaluation chiffrée, mais avec une valeur d'appréciation plus nette que dans le sens A, 6, ci-dessous) :
7 Quarante bonnes mille livres de rente sont quelque chose de bon (…)
Dancourt, le Chevalier à la mode, III, 1.
N. B. Bon entre dans un grand nombre d'expressions dont le présent article n'épuise pas les exemples. On peut se reporter en outre aux substantifs que bon qualifie; → par ex. : accueil, air, ami, an, ange, année, augure, aventure, bouche, bout, chemin, compte, enseigne, escient, feuille, intelligence, main, manière, marché, occasion, office, plaisir, port, sens, temps, ton, tour, usage, visage, volonté, vouloir.
A (En parlant de choses).
1 Qui a une valeur utilitaire positive, dans son genre; qui remplit bien sa fonction, est utile, agréable, efficace (en épithète, généralt avant le nom). || De bonnes chaussures, un bon couteau, un bon lit. || Un habit de bel et bon drap. || Séparer le bon grain de l'ivraie. || Un bon blé. || Du bon vin. || Bon repas, bonne chère, bonne bouffe, bonne soupe. || Bon morceau. Délicat, succulent. || Un bon métier. || Un bon sol, une bonne terre. Fertile, productif. || Bon emploi. Lucratif. || Bonne affaire, bon bénéfice. || Bon placement. Avantageux. || Bonne prise. || Bon rendement. || Bons résultats.Fam. (avant gros, petit, antéposés). → ci-dessous, cit. 10. || « Un bon gros baiser bien sonore » (J. Renard). || Un bon petit gueuleton.(Abstractions). || Une chose de bonne apparence. Beau. || Bonne qualité. — ☑ Loc. prov. L'argent est toujours bon.REM. Dans cet emploi, bon a souvent la même valeur que bon à… suivi d'un verbe à l'inf. (spécifiant le domaine de la qualité appréciée); → ci-dessous, C., 4.
8 Ou admettez que l'arbre est bon, et que son fruit est bon; ou admettez que l'arbre est mauvais, et que son fruit est mauvais : car c'est au fruit qu'on connaît l'arbre.
Évangile selon saint Matthieu, XII, 33.
9 Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.
Molière, les Femmes savantes, II, 7.
10 Il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande (…)
Molière, le Malade imaginaire, III, 10.
11 Tout ce qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain;
La maison le fournit, la fermière l'ordonne (…)
Boileau, Épîtres, VI.
12 Un beau château, un bel air, de belles terrasses, une trop bonne chère (…) cette vie est trop douce, et les jours s'écoulent trop tôt, et l'on ne fait point de pénitence.
Mme de Sévigné, 1382, 10 juil. 1694.
13 Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
La Fontaine, Fables, IX, 2.
14 La bagatelle, la science,
Les chimères, le rien, tout est bon; je soutiens
Qu'il faut de tout aux entretiens (…)
La Fontaine, Fables, X, 1.
15 La paix est fort bonne de soi;
J'en conviens (…)
La Fontaine, Fables, III, 13.
16 (…) pourquoi vouloir faire du bon fer ? disent la plupart des maîtres de forges; on ne le vendra pas une pistole au-dessus du fer commun (…)
Buffon, Hist. nat. des minéraux, Introd., Œ. compl., t. VIII, p. 11.
17 L'argent est bon, mais l'aise meilleure.
Flaubert, Correspondance, t. III, p. 22.
C'est bon, ce n'est pas bon. || Je ne trouve pas sa cuisine si bonne que ça. || Ce n'est (fam. c'est) pas bon du tout.
2 Qui est digne d'approbation, de confiance, a les effets qu'on attend. || Bonne monnaie, bonne caution. Sûr; solide. || Un bon compte. || Le compte est bon. Exact, juste, rigoureux, sérieux, strict. — ☑ Prov. Les bons comptes font les bons amis. || Faire bonne garde. || De bons avis, de bons conseils. Avisé, éclairé, judicieux, prudent, raisonnable, sage. || Un bon choix. || Un bon parti. || De bonnes raisons, de bonnes excuses. Admissible, valable.
Approprié au but poursuivi, au résultat à obtenir. || Bon moyen. || Bonne méthode. || Bon remède. Approprié, efficace. || Bon exemple. || Bonne leçon. Salutaire. || La leçon est bonne.
18 On ne peut trop louer trois sortes de personnes :
Les dieux, sa maîtresse et son roi.
Malherbe le disait; j'y souscris quant à moi :
Ce sont maximes toujours bonnes.
La Fontaine, Fables, I, 14.
19 J'essayerais mille petits remèdes inutiles pour en trouver un bon; et mon impatience et mon peu de vertu me feraient une occupation continuelle de l'espérance d'une guérison (…)
Mme de Sévigné, 844, 21 août 1680.
20 Êtes-vous en faveur, tout manège est bon, vous ne faites point de fautes, tous les chemins vous mènent au terme (…)
La Bruyère, les Caractères, VIII, 90.
Loc. Arriver à bon port (cit. 8, 9 et 10).
3 (En parlant des productions de l'esprit). Qui est réussi, apprécié (sur le plan esthétique ou intellectuel). Beau, bien (bien exécuté, bien fait); adroit, habile. || Un bon travail. || Un bon tableau. || De bons vers. || Un bon livre. Agréable, instructif. || Son livre, son article est très bon. Excellent, remarquable.
21 Un livre est-il mauvais, rien ne peut l'excuser;
Est-il bon, tous les rois ne peuvent l'écraser (…)
Voltaire, Épîtres, 100.
21.1 Hé bien, c'est vrai, la beauté n'est pas dans un livre, elle est dans l'ensemble. Chaque roman lu séparément n'est pas bien bon, et pourtant les personnages qu'on retrouve dans tous sont vraiment très bien.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 199.
(Par euphémisme, dans un langage un peu prétentieux, en parlant d'un spectacle, d'une musique, etc.). || C'est bon, c'est très bon, ce qu'il fait là. REM. Un emploi analogue existe pour les personnes. → ci-dessous, B., 3.
21.2 — Beau salon. Le Bonnat remarquable, deux excellents Carolus Duran, un Puvis de Chavannes admirable, un Roll très étonnant, très neuf, un Gervex exquis, et beaucoup d'autres, des Béraud, des Cazin, des Duez, des tas de bonnes choses enfin.
Maupassant, Fort comme la mort, éd. 1889, p. 140.
Loc. Un bon mot. Mot (cit. 33 et 34); → naïveté, cit. 9.
4 Qui est selon les règles. Correct, juste. || Bon ordre. || Mettre à la bonne place, à la place voulue. || Appuyer sur le bon endroit. || Une bonne balle (au jeu). || En bon français.Le bon usage.
22 Je vous le dis en bon français.
La Fontaine, Fables, VI, 8.
23 Connaître la valeur juste des mots est le grand secret de bien écrire. Le mot le plus nu, mis en bonne place, fait bien plus d'effet que le terme rare.
J. de Lacretelle, cité par A. Maurois, Études littéraires, t. II, p. 221.
5 Qui procure de la satisfaction, du plaisir, de la gaieté, de la joie, etc. Favorable, propice. || Bonne chance. || Bonne étoile. || Bon signe. || Bon vent. || Un bon coup. || Une bonne position. Enviable. || Prendre les choses du bon côté, avec optimisme. || De bonnes nouvelles. || Une bonne plaisanterie, un bon mot, une bonne histoire, un bon tour. Amusant, drôle, plaisant, spirituel; → ci-dessous, C., 6. : une bien bonne. || Un bon bain. || L'eau est bonne, agréable pour se baigner. (On n'emploie pas bon en épithète avec eau).Un bon moment. || Passer de bons moments avec qqn. || Se donner du bon temps. || Bonne odeur. Agréable, délicieux, exquis, suave.(En souhait). || Bonne fête ! || Bon voyage ! || Bonne année ! Heureux. || Bon Noël !
24 Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux.
La Rochefoucauld, Réflexions…, 113.
25 Après les bons partis, les médiocres gens
Vinrent se mettre sur les rangs.
La Fontaine, Fables, VII, 5.
26 On aurait du moins quelques moments de bon (…)
Massillon, 1re Profession religieuse, 2.
27 Mon cher ange, la vie d'un homme de lettres n'est bonne qu'après sa mort (…)
Voltaire, Lettre à d'Argental, 17 sept. 1755.
27.1 « L'eau était bonne ? » — « Très bonne », grogna Roch; « tu aurais dû venir ».
J.-M. G. Le Clézio, la Fièvre, p. 11.
Loc. Le bon plaisir (cit. 1, 2 et 3).
6 (Évaluatif). Qui a un degré important (dans le nombre, la quantité, l'intensité).
a Quantitatif. Complet; important. || Il y en a un bon verre. Plein. || Une bonne poignée. Gros. || Une bonne part, une bonne partie de la somme. Grand.Loc. Faire bon poids; (vieilli) faire bonne mesure. || Coûter un bon prix. Considérable. || (Un) bon nombre de… || Un bon bout de temps.
(Entre un numéral, de un à dix et aux chiffres ronds, et certains substantifs nombrables). || Cela fait une, deux bonne(s) semaine(s); c'est à dix bons kilomètres, à deux bonnes heures de marche. → Au moins, au minimum. || Vingt bons millions.REM. Voir un emploi semblable, mais sémantiquement distinct, cit. 7 ci-dessus.
28 L'attaque (…) dura trois bons quarts d'heure.
Racine, Lettres.
29 Alors Sangrado m'envoya chercher un chirurgien qu'il me nomma, et fit tirer à mon maître six bonnes palettes de sang, pour commencer à suppléer au défaut de la transpiration.
A. R. Lesage, Gil Blas, II, 2.
29.1 Il y avait trois bons kilomètres à faire pour revenir. Et la nuit complètement tombée (…)
Claude Simon, le Vent, p. 89.
Loc. De bonne heure (cit. 100 à 104).De bon matin (cit. 13) : tôt le matin.
b Dans des loc. || Une bonne fois (cit. 2 et 2.1). REM. Voir l'emploi analogue pour les personnes, ci-dessous cit. 56, 57 et supra.
c Intense, violent. || Une bonne gifle, un bon coup de poing. || Une bonne cuite. || Il a attrapé un bon rhume. REM. Cet emploi, avec des subst. désignant des choses pénibles ou mauvaises (mais non dramatiques : on ne dirait guère un bon cancer) suppose un effet stylistique d'antiphrase. → Beau, magnifique.
30 Je veux des maladies d'importance : de bonnes fièvres continues (…) de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies (…)
Molière, le Malade imaginaire, III, 10.
B (Humain).
1 (En parlant des organes, des qualités physiques : dispositions, dons naturels…). Qui fonctionne bien. Sain. || Bonne oreille. || Bon estomac, bon foie, bonnes jambes. — ☑ Loc. Bon pied, bon œil. || Avoir bon bec. Bec (supra cit. 7); bon bec.Bonne santé. || Être en bon état, en bonne forme.
31 Je suis assez adroit; j'ai bon air, bonne mine,
Les dents belles surtout, et la taille fort fine.
Molière, le Misanthrope, III, 1.
32 Les soucis d'un amour maternel poussé jusqu'à la passion assombrirent son caractère et troublèrent sa santé naturellement bonne.
France, le Petit Pierre, I.
2 (Qualités morales : dispositions de l'âme, de l'esprit, du cœur). Qui est bien disposé, ou disposé vers le bien, tel qu'il est évalué socialement. || Avoir de bons penchants, un bon naturel. Humain, sensible. — ☑ Loc. Bon cœur. Cœur. || Bon sens. Sens. || Bonne composition. || Bonne humeur. || Vivre en bonne intelligence avec qqn.
33 Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien (…)
Descartes, Disc. de la méthode, I.
34 M. de Vence, lui dont la tête est si bonne, si bien faite, si bien organisée (…)
Mme de Sévigné, 255, 9 mars 1672.
35 Je m'étonne comment tant de belles parties
En cet illustre amant sont si mal assorties,
Qu'il a si mauvais cœur avec de si bons yeux (…)
Corneille, la Suivante, IV, 7.
36 J'ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme (…)
Corneille, Horace, II, 3.
37 Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche (…)
Corneille, Horace, II, 6.
38 Le bon cœur est chez vous compagnon du bon sens (…)
La Fontaine, Fables, XII, 23.
39 La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.
La Rochefoucauld, Réflexions, 67.
40 Un esprit médiocre croit écrire divinement; un bon esprit croit écrire raisonnablement.
La Bruyère, les Caractères, I, 18.
41 La ruse est un talent naturel au sexe; et, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droits par eux-mêmes, je suis d'avis qu'on cultive celui-là comme les autres, il ne s'agit que d'en prévenir l'abus (…)
Rousseau, Émile, V.
42 Selon que l'âme, aimante, humble, bonne, sereine,
Aspire à la lumière et tend vers l'idéal,
Ou s'alourdit, immonde, au poids croissant du mal (…)
Hugo, les Contemplations, VI, XXVI.
(Des apparences signalant les qualités). || Une bonne tête. Fam. || Il a une bonne gueule.Un bon rire, un bon sourire.
43 Sa figure est bonne et franche; ses yeux regardent bien en face; rien de ce qu'on est convenu d'appeler l'air jésuite.
Loti, Figures et Choses…, A. Loyola, p. 71.
Loc. Avoir bon esprit (infra cit. 75).Vx. || Le bon esprit (cit. 127 et 128). — → aussi ci-dessus, cit. 40.
3 (Personnes). Qui est apprécié dans son rôle social, est considéré comme remplissant sa fonction (dans une appréciation traditionnelle des valeurs sociales). || Un bon artisan, un bon praticien. Adroit, consciencieux, doué, expert, habile, honnête, ingénieux, sérieux. || Un bon général. || Un bon peintre. || Un bon acteur. || Il est (il n'est pas) très bon dans ce rôle. || Les bons auteurs. Grand. || Bon juge. || Un bon pasteur : un bon guide. || Un bon chrétien, un bon musulman, un bon patriote. Fidèle, pur, véritable, vrai. || Les bons et les mauvais Français. || Un bon mari. || Un bon père de famille. || Une bonne mère. || Une bonne ménagère.(Dans les relations humaines). Fidèle et sincère. || Un bon et fidèle ami. || Un bon camarade. || Un bon copain, une bonne copine.Prov. Les bons maîtres font les bons valets. || Bon prince. || Bon roi. Sage.Loc. (Être) bon prince. Prince (cit. 6 et supra).
44 Ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire (…)
Malherbe, II, 1.
45 (…) Il est trop bon mari pour être assez bon père.
Corneille, Nicomède, III, 4.
46 Son père un bon bourgeois, lui sans autre mérite;
Matière infertile et petite.
La Fontaine, Fables, I, 14.
47 (…) Laissant de Galien la science suspecte,
De méchant médecin devient bon architecte.
Boileau, l'Art poétique, IV.
48 Vous voyez que je suis bon Français; je combats les Anglais à ma façon : je suis comme Diogène qui remuait son tonneau, pendant que tout le monde se préparait à la guerre dans Athènes (…)
Voltaire, Lettre à Mme de Fontaine, 16 avr. 1756.
49 Si Horace est le premier des faiseurs de bonnes épîtres, Rabelais, quand il est bon, est le premier des bons bouffons (…)
Voltaire, Lettre à Mme de Fontaine, 12 avr. 1760.
50 C'est une bonne et honnête fille, qui me sert depuis vingt ans avec l'attachement d'une fille à son père, plutôt que d'une domestique à son maître (…)
Rousseau, Lettres, 426.
51 (…) le bon ouvrier sait que de grandes choses sont possibles et prudemment, peu à peu, les accomplit.
A. Maurois, Un art de vivre, III, 1.
REM. Dans ces emplois, le substantif désigne en général un rôle social, jugé du point de vue de l'idéologie dominante : le « bon ouvrier » n'est pas apprécié de la même façon par le patron et par le syndicat. Quand le substantif concerne des relations personnelles, les critères sont plus stables (un bon copain).
(En parlant d'un type de comportement global). Qui a des qualités humaines, morales. || C'est une bonne fille, un bon petit gars, un bon petit. || Un bon garçon ( Bon garçon; bongarçonnisme, garçonnisme). || Un bon diable, un bon bougre. Aimable, brave, complaisant, estimable, franc, gentil, honnête, obligeant. || C'est un bon homme (vx), un bon type ( Brave); une très bonne femme (bonne femme est lexicalisé). Femme (I., C.). || Un bon enfant (vx à cause de bon enfant, ci-dessous).
52 (Elle) vit sous la conduite d'une bonne femme de mère, qui est presque toujours malade (…)
Molière, l'Avare, I, 2.
53 Il me parut, comme à vous, un assez bon diable, et d'ailleurs je lui trouvai quelques connaissances mathématiques (…)
d'Alembert, Lettre à Voltaire, 22 déc. 1759.
Bon enfant [bɔnɑ̃fɑ̃] n. m. || Un bon enfant.Adj. invar. Bon enfant. || Il est assez bon enfant. || Une rondeur bon enfant. || Caractère bon enfant. Bonenfantise.
54 (…) un homme qui paraissait si bon enfant ? Dans presque toutes les classes de la société, le bon enfant est un homme qui a de la largeur, qui prête quelques écus par-ci par-là sans les redemander, qui se conduit toujours d'après les règles d'une certaine délicatesse, en dehors de la moralité vulgaire, obligée, courante.
Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes, Pl., t. V, II, p. 844.
54.1 J'ai retrouvé cette religiosité bon enfant dans les temples bouddhistes de la frontière birmane où les bonzes vivent et dorment dans la salle affectée au culte, rangeant au pied de l'autel leurs pots de pommade et leur pharmacie personnelle et ne dédaignant pas de caresser leurs pupilles entre deux leçons d'alphabet.
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, p. 197.
55 Une exaltation qui se manifestait en gestes bon enfant.
P. et V. Margueritte, les Tronçons du glaive, p. 193, in Grevisse, no 379 bis.
Un bon vivant, qui prend la vie du bon côté. Bon vivant. || Un bon drille. Joyeux. || Gens de bonne compagnie. Agréable, aimable.
Iron. et vieilli. (Emploi analogue à A., 6., b et c). Qui a tous les caractères de son genre; absolu, complet (avec quelques noms dépréciatifs). || Un bon hypocrite : un bel hypocrite.
56 Eh ! la bonne effrontée !
Molière, Sganarelle, 6.
57 C'est un bon impertinent que votre Molière (…) Voilà un bon nigaud, un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances (…)
Molière, le Malade imaginaire, III, 3.
Loc. mod. Antiphrase. Bon apôtre. || Les bonnes âmes disent…Vx. Une bonne langue (mod. mauvaise langue).
Spécialt (avec quelques substantifs dépréciatifs). Dont la bonté est mêlée d'une naïveté, d'une simplicité excessive. Bénin, bonasse, boniface, brave, candide, crédule, débonnaire, ingénu, innocent, naïf, paterne, simple. || Une bonne pâte d'homme. || Une bonne dupe.
58 La bonne bête a ses raisons.
Molière, le Malade imaginaire, I, 5.
59 La bonne dupe que M. Turcaret !
A. R. Lesage, Turcaret, IV, 9.
Spécialt, argot (en attribut). Facile à tromper, duper, d'où : victime, dupe. Bonard. || « J'ai pas compris que c'était une partie de cinéma, j'ai été bon » (Simonin, in le Petit Simonin…). → Être fait, refait; être marron, être de la revue.
(Épithète antéposée avec un nom de chose, mais le même sens global). || Bonne poire. || Et moi, bonne pomme… (très fam.).
(Devant un nom propre). Vx. Qui a des qualités supérieures.
60 Le bon Socrate avait raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
La Fontaine, Fables, IV, 17.
Mod. Qui a de la bonté. || Ce bon Monsieur X. || Cette bonne Louise. || Le bon La Fontaine.
61 La maison à présent, comme savez de reste,
Au bon monsieur Tartuffe appartient sans conteste.
Molière, Tartuffe, V, 4.
Loc. (emplois figés). || Bonne sœur. Sœur (A., 4.). || Les bons Pères : les religieux. → Autodafé, cit. 1.
Pop. (la langue bourgeoise emploie cher) ou iron. || Mon bon monsieur. || Eh oui, ma bonne dame !Régional (Midi). || Ah, bonnes gens !
Mon bon ami, ma bonne amie. Ami. || Nous sommes restés bons amis. → On, cit. 16.
Subst. Vx (langue class.). || Mon bon, ma bonne (appellatif d'affection ou de bienveillance) → ci-dessous, IV., 3.REM. À l'opposé de l'adj. (mon bon monsieur), le subst. a ici une connotation archaïque et aristocratique.
62 Ah ! ma bonne, quelle peinture de l'état où vous avez été ! et que je vous aurais mal tenu ma parole, si je vous avais promis de n'être point effrayée d'un si grand péril !
Mme de Sévigné, 141, 3 mars 1671.
63 De s'entendre appeler « petit cœur » ou « mon bon ! »
Boileau, Satires, X.
63.1 En arrivant, tremblante et prête à s'évanouir, elle (la duchesse de Bourgogne) entra tout de suite dans sa garde-robe, et y appela Mme de Nogaret, qu'elle appeloit sa petite bonne, et à qui elle alloit volontiers au conseil, quand elle ne savoit plus où elle en étoit.
Saint-Simon, Mémoires, 23 (1704), Pl., t. II, p. 392.
N. B. Littré donne erronément cet exemple sous bonne « domestique ».
4 (Après le nom en épithète; surtout en attribut). Qui aime faire du bien, qui fait du bien à autrui. || Un homme bon; une femme bonne et généreuse. Altruiste, bénin, benoît, bienfaisant, bienveillant, charitable, clément, généreux, gracieux, humain, humanitaire, indulgent, magnanime, miséricordieux, philanthrope, secourable, sensible, serviable, sociable. || Elle est bonne et juste. || Il est bon et affable, bon et affectueux, bon et doux, paternel. || Est-il bon, est-il méchant ? (titre d'une pièce de Diderot).
64 — Je vous connais, vous êtes bon naturellement,
— Je ne suis point bon, et je suis méchant quand je veux.
Molière, les Fourberies de Scapin, I, 4.
65 Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon.
La Rochefoucauld, Réflexions, 387.
66 Être bon aux méchants,
C'est être sot (…)
La Fontaine, Fables, X, 1.
67 Pour pouvoir être toujours bon, il faut que les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous être impunément méchants.
La Rochefoucauld, Maximes supprimées, 621, p. 346.
68 Un seul (roi, Louis XIV), toujours bon et magnanime, ouvre ses bras à une famille malheureuse (les Stuarts). Tous les autres se liguent comme pour se venger de lui (…)
La Bruyère, les Caractères, XII, 118.
69 L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit.
Rousseau, Émile, I, p. 9.
70 Vive, étourdie, capricieuse, folle par la tête, sage par le cœur, bonne par tempérament, méchante par caprice (…)
Rousseau, la Reine fantasque, Œ. compl., t. V, p. 340.
71 Parce qu'elle feignait d'être bonne, elle croyait l'être en effet (…)
Marivaux, le Paysan parvenu, III.
72 Dans ce monde il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Marivaux, le Jeu de l'amour et du hasard, I, 2.
73 Il faut être aussi bonne que je le suis, pour vous passer toutes vos folies (…)
Dancourt, le Moulin de Javelle, 3.
74 Il sait tout, mais il feint, naïf comme un enfant et bon comme un patriarche (…)
J. Vallès, Jacques Vingtras, L'enfant, p. 82.
74.1 Comme c'est difficile, d'être bon ! Et j'espère bien ne jamais y arriver.
J. Renard, Journal, 28 avr. 1905.
74.2 Elle a une façon d'être bonne, très méchante.
J. Renard, Journal, 27 déc. 1887.
REM. Sans être aucunement vieilli, cet emploi est typique d'une époque où les jugements moraux étaient portés sans réticence : l'adjectif bon est extrêmement fréquent dans les œuvres pédagogiques du XIXe s., par ex. chez la comtesse de Ségur.
Loc. (1835). Être bon comme le pain (vx), comme le (du) bon pain, très bon. → Naïf, cit. 8.
75 Bon comme le pain, franc comme l'or, il aimait paternellement les Cucugnanais (…)
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, XI.
75.1 Oh ! qu'il est gentil ! Il est bon comme le bon pain ! Il faut que je l'embrasse encore !
J. Anouilh, Colombe, p. 55.
Dieu est infiniment bon. || Le bon Dieu (emploi figé). Dieu (cit. 49 et 50).En interj. || Bon Dieu ! Dieu.
76 Étant infiniment puissant, comme il est infiniment bon, il (Dieu) veut tout le bien qu'il peut faire, et il fait tout le bien qu'il veut (…)
Fléchier, Oraison funèbre de M. Lamoignon.
77 Et n'êtes-vous pas trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux, veuille bien accepter les restes languissants de vos passions et de votre vie ?
Massillon, Carême, Mot. de couv.
Il a été assez bon pour (et inf.). → Avoir la bonté de (→ aussi Bonasse, cit. 0.1).
Vous êtes trop bon (formule de politesse). Aimable, obligeant.
78 Vous êtes trop bonne, j'en suis comblée (…)
Mme de Sévigné, 71.
Trop bon : naïf, simple (même valeur que bon, ironique).
79 On a surpris sa bonne foi; on lui a volé quinze mille francs; dans le fond, il est trop bon (…)
A. R. Lesage, Turcaret, III, 9.
Être bon (vx), être bien bon, se disent parfois dans le même sens ironique. || Vous êtes bien bon de le supporter.
80 Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là (…)
La Fontaine, Fables, X, 1.
81 L'exemple est admirable, et cette dame est bonne !
Molière, Tartuffe, I, 1.
Iron. (vx). Comique, réussi.
82 Parbleu ! le voilà bon avec son habit d'empereur romain !
Molière, Dom Juan, III, 5.
Fam. || Tu es bon, toi ! || Vous êtes bon, avec votre morale ! : vous parlez bien, mais vos remarques sont hors de propos.
5 Régional (attribut). Dans une situation favorable; hors de danger. || Ça y est, on a passé, on est bons ! Sauf, sauvé.
6 (Actions, caractères humains; en épithète en général antéposée). Conforme au jugement moral. → Plein, cit. 13. || Une bonne action ( B. A.). || Un bon mouvement : un acte charitable, aimable. || Allons, un bon mouvement ! || Bonnes paroles. || Bonnes œuvres. Beau, charitable, généreux, louable, méritoire, noble, vertueux. || Bonnes mœurs (I., 2.), bonne conduite. Digne, exemplaire, honnête, honorable, louable, méritoire, modèle, moral, raisonnable, vertueux. || Certificat de bonne vie et mœurs. || Bonne foi (infra cit. 14). || Bonne contenance. Courageux, énergique. || Le bon droit. || La bonne cause. || En bonne justice. Droit, équitable, juste.
83 Pourquoi juger si mal de son intention ?
Il croit récompenser une bonne action.
Racine, Esther, III, 1.
84 L'un des avantages des bonnes actions est d'élever l'âme et de la disposer à en faire de meilleures (…)
Rousseau, les Confessions, I, 6.
85 La morale est la science des lois naturelles, ou des choses qui sont bonnes ou mauvaises dans la société des hommes (…)
Diderot, Opinion des anciens philosophes.
Qui est conforme aux usages. Correct. || Pour la bonne règle.
C Constructions particulières (surtout attribut; en épithète, après le nom).
1 (1250). || Bon pour, suivi d'un nom (cit. 86, 87 et 89 ci-dessous) ou de l'inf. (cit. 90). Qui convient bien, est utile à (telle chose, telle action). Convenable, efficace, favorable, propice, utile. || Remède bon pour le foie.Loc. fam. C'est bon pour ce que tu as ! || Terre bonne pour le coton. || Il est bon pour ce métier. Capable.(Choses). || Être bon pour qqn. || Tout (leur, lui) est bon pour (faire qqch.). Ellipt. || Tout (leur, lui) est bon.
86 Il ne fallait pas faire faire cela par un écolier; et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.
Molière, le Bourgeois gentilhomme, I, 2.
87 Ils sont trop verts (les raisins), dit-il et bon pour des goujats.
La Fontaine, Fables, III, 11.
88 Je ne sais si ce remède serait bon pour vous; quant à moi, je vous assure qu'il serait indubitable pour finir ma vie.
Mme de Sévigné, 614, 16 juin 1677.
89 Frappez l'arbre infructueux qui n'est plus bon que pour le feu (…)
Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche.
90 Quand on est en péril de mort toutes les armes sont bonnes pour se défendre.
Claudel, Feuilles de Saints, Sainte-Thérèse.
90.1 Mais n'importe quelle bêtise, des grimaces, des singeries (…) Ça les fait chaque fois crouler de rire… Tout leur est bon, n'est-ce pas ?
N. Sarraute, Vous les entendez ?, p. 15.
Spécialt. Qui a une valeur d'échange reconnue. || Billet bon pour… Valable. || Bon pour… (formule). 2. Bon, n. m.
(Personnes). Apte. || Bon pour le service armé. || Bon pour le service, se dit d'un conscrit déclaré apte à faire son service militaire.
(1835). Argot. Reconnu coupable d'un délit et arrêté comme tel. || Être bon (sous-entendu, pour la prison, pour la potence…), être promis à la prison, à la potence… Par ext. || On est bon pour la contravention !, on va l'avoir infailliblement (surtout présent, imparfait). || Il ne fallait pas tant boire; maintenant, tu es bon pour la crise de foie.Absolt. || On est bon ! (pour le pépin, les complications, les ennuis). Cuit, fait (→ fam. On y a droit). || Si jamais il y a des représailles, nous sommes bons !, notre compte est bon. || C'est le patron qui appelle. || On est bon ! : on n'y coupe pas.À la forme négative (fam.). || N'être pas bon pour : n'être pas disposé à, pas d'accord pour. || Je ne suis pas bon pour la corvée. Chaud, emballé.
90.2 Sur le boulevard Rochechouart les poulets, déployés en éventail sur deux rangs, tapaient les piétons aux fafs. D'un coup de châsses encore un peu vif, j'ai distingué près de Pigalle quelques voitures qui se massaient; ça devait être le grand barrage. J'étais pas bon.
A. Simonin, Touchez pas au grisbi, p. 67.
2 Bon contre : qui réussit, efficace. || Un remède bon contre les piqûres. || Est-ce que c'est bon contre les moustiques ?
3 Bon en [bɔ̃ɑ̃] (attribut). Spécialt (personnes). Compétent, connaisseur. || Il est bon en physique. || Elle est bonne en anglais.Ellipt. || Est-ce qu'elle est bonne ? (en classe, à l'école).
4 Bon à [bɔ̃a] (et inf. passif). || Cette eau est bonne à boire, est potable, peut être bue. || Il livre le produit bon à emballer. Prêt. (Et inf. actif). || Cet outil n'est pas bon à percer le béton. Utile. || Il est tout juste bon à manger et à dormir. REM. Cet emploi est en général restrictif ou négatif. (Et pronom). || À quoi est-il bon ? || Il n'est bon à rien (cit. 14); il n'est pas bon à grand-chose.Prov. À quelque chose malheur (cit. 9) est bon (→ ci-dessous, cit. 94).
91 Franchement, il (un sonnet) est bon à mettre au cabinet.
Molière, le Misanthrope, I, 2.
92 On ne me trouve pas bonne à jeter aux chiens (…)
Mme de Sévigné, 235.
93 La vérité n'est pas toujours bonne à dire.
Racine, Livres annotés.
94 Il prit pour sa devise : malheur est bon à quelque chose.
Voltaire, l'Ingénu, 20.
95 C'est n'être bon à rien de n'être bon qu'à soi.
Voltaire, 7e discours, Sur la vraie vertu.
96 Sitôt que nous sommes parvenus à donner à notre élève une idée du mot utile, nous avons une grande prise de plus pour le gouverner (…) A quoi cela est-il bon ? Voilà désormais le mot sacré, le mot déterminant entre lui et moi dans toutes les actions de notre vie (…)
Rousseau, Émile, III, p. 202.
97 — (…) Et puis, comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre…
— J'entends, est bon…
— À garder.
Beaumarchais, le Barbier de Séville, IV, 1.
98 Il dit : « Avec ma patte en bois, je ne suis plus bon à rien ! » Mais ce n'est qu'un prétexte (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 53.
98.1 Toute cette bonté me tue. Si je m'interdis d'être un peu méchant à quoi suis-je bon ?
J. Renard, Journal, 19 sept. 1904.
Loc. (1833, É. Corbière, in D. D. L.) Bon à rien [bɔ̃aʀjɛ̃], bonne à rien [bɔnaʀjɛ̃] n. Personne incapable, qui ne sait rien faire. Propre (cit. 17, 18 : propre à rien). || C'est une bonne à rien. || Quel bon à rien !Adj. || Il est vraiment bon à rien (valeur différente de il n'est bon à rien, ci-dessus cit. 95 et 98). || Une dactylo bonne à rien.Argot (même sens). || Bon à lap, à lappe.
5 Loc. interrog. À quoi bon : à quoi cela est-il bon, peut-il servir ? Pourquoi. || À quoi bon continuer ? || À quoi bon tous ces efforts ? || « Répéter toutes les secondes : À quoi bon ! » (→ Aquoibonisme, cit., Cocteau).
99 Mais à quoi bon, Seigneur, les soins que vous prenez ?
Molière, la Princesse d'Élide, I, 1.
100 Pourquoi, dans ton œuvre céleste,
Tant d'éléments si peu d'accord ?
À quoi bon le crime et la peste ?
Ô Dieu juste, pourquoi la mort ?
A. de Musset, l'Espoir en Dieu.
101 Les choses qu'on a une fois quittées,
À quoi bon leur garder son cœur ?
Claudel, Feuilles de Saints, Ballade.
Emplois substantivés (n. m.; parfois écrit à-quoi-bon) :
101.1 Je sais, de mieux en mieux, moi, quelle est la raison de cet épuisement : c'est le doute, c'est l'éternelle question « à quoi bon » enracinée dans mon esprit depuis toujours, que je ne puis déloger. Ah, si l'« à quoi bon » n'avait germé dans mon âme, puis n'avait poussé, puis n'avait tout recouvert, n'avait étouffé les autres plantes, j'aurais été un autre, comme dit l'autre.
Ionesco, Journal en miettes, p. 38.
101.2 Je me sens évidemment un peu seul, un peu bête et je commence à me demander si tout au Lossan va être aussi difficile, si cette amertume va continuer de monter en moi, cet à-quoi-bon ?
François Nourissier, le Maître de maison, p. 67.
6 Loc. div. (où bon est attribut). Bel et bon. Beau (cit. 74).
102 Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon;
Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.
Molière, les Femmes savantes, II, 6.
Il est bon de, suivi de l'inf. || Il est bon que, suivi du subjonctif.
103 Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose.
Corneille, Polyeucte, I, 3.
104 Il est bon de parler, et meilleur de se taire (…)
La Fontaine, Fables, VIII, 10.
105 Il est bon, il est beau, quoi qu'on en dise, que toutes nos actions soient pleines de Dieu, et que nous soyons sans cesse environnés de Dieu (…)
Chateaubriand, le Génie du christianisme, III, 5, 6.
Avoir cela de bon que…
106 Ils ont cela de bon qu'ils ne lassent pas de dire (…)
Pascal, les Provinciales, 1.
Avoir du bon. Bon, n. m. (ci-dessous, IV., 2.).
107 Ces malheureux rois,
Dont on dit tant de mal, ont du bon quelquefois.
François Andrieux, le Meunier de Sans-Souci.
Rien de bon : rien qui vaille. || N'attendre, n'augurer, n'espérer, ne présager rien de bon de quelque chose.
108 Certain homme dont l'encolure
Ne me présage rien de bon (…)
Molière, Amphitryon, I, 2.
109 Ce portrait ne nous dit rien de bon (…)
Molière, Sganarelle, 6.
110 Ne croyez jamais rien de bon de ceux qui outrent la vertu (…)
Bossuet, Hist. des Variations, XI, 60.
Trouver bon; croire bon, juger bon : juger à propos. || Trouvez bon que… Admettre, agréable (avoir pour agréable), approuver, permettre.
111 (…) Quoique tous vos conseils soient les meilleurs du monde, vous trouverez bon, s'il vous plaît, que je n'en suive aucun.
Molière, l'Amour médecin, I, 1.
112 Vous trouvez donc bon qu'on vous aime ?
Fort bon.
Molière, le Sicilien, 6.
113 Il faut, si vous le trouvez bon, que nous nous coupions la gorge ensemble (…)
Molière, le Mariage forcé, 9.
114 Cette considération ne m'a jamais retenu de faire ce que j'ai cru bon et utile (…)
Rousseau, Lettre à Moultou, 25 avr. 1762.
Sembler bon. || Comme bon vous semble. Guise (à votre guise).
115 Usez-en comme bon vous semble.
Corneille, Agésilas, IV, 4.
116 (…) en ne buvant que de l'eau et ne mangeant que du pain, si bon leur semble, ils seront contents de leur sort et feront envie à leurs voisins (…)
Vauban, Projet d'une dîme royale, p. 61.
117 On demandera peut-être (car on devient curieux) combien de gens en France ont le droit ou le pouvoir d'emprisonner qui bon leur semble, sans être tenus de dire pourquoi (…)
P.-L. Courier, Lettres, IV.
Au fém.Loc. La bailler, la donner bonne (vieilli). Bailler, donner. Fam. || Je vous la souhaite bonne. Chance.
118 Les giboulées de mars balayaient le ciel, et la pluie cinglait le pauvre âne qui disparut derrière une rafale.
— Je la lui souhaite bonne.
H. Bosco, l'Âne Culotte, p. 32.
(En parlant d'une histoire, d'une plaisanterie).Loc. fam. Elle est bien bonne (cette histoire), elle est drôle.
N. f. || Une bonne, des bonnes (rare); une bien bonne (courant).
118.1 C'est le raconteur de bien bonnes qui annonce en bridant l'œil : attention les gars vous allez vous marrer cinq minutes.
Jacques Perret, Bâtons dans les roues, p. 229.
118.2 À Palerme (…) il s'en laisse conter de bien bonnes sur la saleté et la grossièreté moscovites (…)
M. Yourcenar, Archives du Nord, p. 140.
(En parlant d'une nouvelle, d'informations). J'en apprends de bonnes, des choses extraordinaires, surprenantes (→ De belles. Beau, supra cit. 75).
119 Votre Majesté lui en dirait de bonnes sur l'horreur d'avoir excité une guerre civile (…)
Voltaire, Lettre à Catherine II, 20.
(En parlant d'un argument, de la manière de se conduire de qqn). || Il en a de bonnes (lui, celui-là) !
120 Il croisa les bras, rageusement :
— Pour se faire coller au mur ? Non, mais dis ! tu en as de bonnes !… Au moins, là-bas, chacun court sa chance; on peut s'en tirer, avec deux sous de veine !
Martin du Gard, les Thibault, t. VIII, p. 281.
120.1 — Ah ! il vous a fait dire cela froidement comme cela ! Il en a de bonnes ! s'écria Bloch en s'esclaffant, tandis que l'historien souriait avec une timidité majestueuse.
Proust, le Côté de Guermantes, Folio, p. 232.
———
II Bon, adv. et en loc. adv.
1 Valeur adv. || Faire bon (impers.). || Il fait bon, on est bien, c'est agréable (température, etc.). || Il fait bon aujourd'hui. Beau, doux. || Il fait, il faisait très bon, bien bon dans cette pièce.Il fait bon, suivi de l'inf. || Il fait bon vivre dans cet endroit. || « Auprès de ma blonde, qu'il fait bon dormir » (refrain de la chanson pop. Auprès de ma blonde). Agréable.Il ne fait pas bon se promener dans ce quartier : l'endroit n'est pas sûr.
121 Il ne fait pas bon ici pour vous.
Molière, Dom Juan, II, 5.
122 Il fait bon vivre chez vous.
A. de Vigny, Chatterton, III, 6.
Loc. Sentir bon ( Agréablement, délicieusement). — ☑ Tenir bon ( Ferme, fermement, fort, solidement; résister).
123 L'arbre tient bon; le roseau plie.
La Fontaine, Fables, I, 12.
124 Lorgnant du coin de l'œil ce rôti qui avait si bonne mine et qui sentait si bon, je ne pus m'abstenir de lui faire aussi la révérence, et de lui dire d'un ton piteux : adieu rôti (…)
Rousseau, les Confessions, I.
Vx. Coûter bon. Cher.
2 Loc. adv. (où bon est subst.). Tout de bon. Effectivement, réellement, sérieusement. || À la fin, ils se querellèrent tout de bon.
125 — C'est sans raillerie que vous parlez ? — Sans raillerie. — Vous vous mariez tout de bon ? — Tout de bon.
Molière, le Mariage forcé, 7.
126 (…) je le prenais tout de bon pour raisonnable parce qu'il était raisonneur (…)
Rousseau, les Confessions, VI.
126.1 Le sultan entra tout de bon dans la peine extrême qu'une aventure aussi surprenante devait avoir causée à la princesse (…)
A. Galland, les Mille et une Nuits, t. III, p. 117.
Pour de bon [puʀdəbɔ̃] loc. adv. a D'une manière effective.
127 Elle touchait pour de bon à l'accomplissement de ce rêve qu'elle avait, des années durant, caressé.
Martin du Gard, les Thibault, t. III, p. 65.
127.1 (…) il ne serait pas prudent pour lui, de toute manière, de rester une journée de plus dans la concession anglaise, à attendre que la police vienne l'arrêter pour de bon.
A. Robbe-Grillet, la Maison de rendez-vous, p. 188.
b Fam. D'une manière sérieuse, sans plaisanter. || C'est pour de bon, ou pour de rire ?
3 Fam. À la bonne, loc. adv. || Avoir qqn à la bonne, le trouver sympathique, avoir pour lui toutes les indulgences. || Je ne crains rien, il m'a à la bonne.
127.2 C'est la dernière fois que je te tire d'affaire. Les autres, je les tirerai toujours d'affaire. Toi, j'en ai marre. Si tu ne m'as pas à la bonne, faut le dire.
Drieu La Rochelle, la Comédie de Charleroi, p. 208 (1934).
127.3 Il m'a pas très à la bonne… Il doit être un peu jaloux…
Céline, Guignol's band, p. 52.
4 (Emploi adverbial, s'accordant avec le subst.). Cour. || Bon (ou, vx, beau) premier, bon dernier : absolument premier, dernier. || Elle est arrivée bonne première.
Régional (Suisse, etc.) avec quelques adj. monosyllabiques. || Bon chaud, bon frais : agréablement chaud, frais. || « Ma chambre est bonne chaude aussi (…) et bien rangée… » (T. Combes, Petites gens, p. 174). || De la bière bonne fraîche. || Du foin bon sec.
———
III Interj. Marque l'approbation, et aussi parfois la surprise, l'ironie. Bien, soit.Ponctuation orale (sans valeur positive). || Bon ! on s'en va ! || C'est fini ? Bon ! À demain. || Bon, alors, c'est pour quand ? || Bon, c'est encore loupé ! → ci-dessous, allons, bon !
128 Ah ! bon, bon, le voilà.
Molière, l'Étourdi, III, 4.
129 Bon, dit Climène, en voici bien d'une autre;
Ma chère sœur, quelle idée est la vôtre.
Voltaire, les Filles de Minée, in Littré.
129.1 Pour une comédie, le mot superbe d'un de nos jeunes parents : « En telle année, mon père meurt… Bon ! »
Ed. et J. de Goncourt, Journal, t. III, p. 16.
129.2 (…) chez soi ou dans les usines, bon, c'est dans l'ordre des choses, mais s'en vanter, c'est le comble.
Camus, la Chute, p. 54.
Ah bon !, marque le renoncement devant une évidence.Allons, bon !, marque la surprise, la résignation.
129.3 Martial se dit qu'il n'avait pas encore achevé sa croissance. Allons, bon ! Il ne lui restait plus que trente ans à vivre, et voilà qu'il n'était même pas adulte !
Jean-Louis Curtis, le Roseau pensant, p. 215.
tableau Principales interjections.
———
IV
1 N. m. (1130). Vieilli. Ce qui est bon. || Le bon et le mauvais. || Il ne veut que du bon.Fam. || Ça, c'est du tout bon.
130 Que le bon soit toujours camarade du beau (…)
La Fontaine, Fables, VII, 2.
131 Discernant non seulement le bon d'avec le mauvais, mais encore le meilleur d'avec le bon (…)
Fléchier, Oraison funèbre de M. Lamoignon.
Ce qu'il y a de piquant, de plaisant, d'intéressant dans qqch. || Le bon de l'histoire est qu'il ne s'aperçut de rien.
132 La satire de Pétrone est un mélange de bon et de mauvais, de moralités et d'ordures (…)
Voltaire, Mélanges historiques, « Le pyrrhonisme de l'histoire », XIV.
Ce qu'il y a d'important, d'avantageux dans une affaire. || Le bon de l'affaire, de la chose.
133 Le bon de cette profession (médecin) c'est qu'il y a (…)
Molière, le Médecin malgré lui, III, 1.
2 (Avec avoir). Ce qu'il y a de bon, de meilleur dans une personne ou une chose. || Il y a du bon et du mauvais en cet homme, dans cet ouvrage.
Avoir du bon : présenter des avantages. → ci-dessus, cit. 107. || Cette solution a aussi du bon.
Pop. ou par plais. || Y a bon [jabɔ̃]  : c'est bien.
3 (V. 1225; surtout au plur.). Celui qui est bon, l'homme de bien. || Les bons et les méchants.
134 Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi.
Corneille, le Cid, I, 3.
Mon bon, ma bonne (→ ci-dessus, I., cit. 62, 63 et 63.1), terme d'affection ou appellatif condescendant.
135 Quant aux lettres qu'il a reçues de Nietzsche, orgueil de sa bibliothèque, et qu'il ne te communiquera jamais, ce sont, mon cher bon, des engueulades.
Malraux, Antimémoires, Folio, p. 45.
136 Prenez donc l'escalier de service, mon bon. Pour les livreurs, les arrivistes, les resquilleurs, les clodos qui veulent se glisser d'une classe à l'autre, c'est la porte de service.
Christine Arnothy, Un type merveilleux, p. 375.
REM. Ces emplois, sans être vieux, sont marqués.
CONTR. Mauvais; exécrable, ignoble, infect. — Méchant; malfaisant, malin; abominable, cruel, dur, féroce. — Inacceptable, inadmissible. — Médiocre.
DÉR. 2. Bon, bonard, bonne, bonnement, bonnir. — V. (Du lat.) Bonasse, bonifier, bonté, bonus.
COMP. Aquoibonisme, bon bec, bonbon, bondieusard, bondieuser, bondieuserie, bon enfant (et aussi ci-dessus à l'article), bon garçon, bonheur, bonhomme, bonjour, bon marché (V. Marché), bonne-dame, bonne femme (V. Femme), bonne-grâce, bonne-main, bonne-maman, bon-papa, bon sens (V. Sens), bonsoir, bon vivant. — V. aussi Bon-chrétien, bon-henri, boniface, ébonnaire.
HOM. 2. Bon, bond.
————————
1. bonne [bɔn] n. f.
ÉTYM. 1762, Académie; certainement antérieur, mais la date de 1708, Furetière (in F. E. W.), concerne le terme d'affection (→ 1. Bon); substantivation de bonne (1. Bon), comme terme d'affection (ma bonne, adressé par les enfants à leur bonne).
1 Vx. || La bonne d'un enfant, sa bonne : la personne employée à son service. || Oui, ma bonne !Vieilli. Servante, domestique. || Bonne d'enfants. Gouvernante, nurse; bobonne (anciennt).
1 L'enfant, livré pendant ces deux années (de deux à quatre ans) à des filles ignorantes nommées bonnes.
Charles Fourier, le Nouveau Monde industriel, p. 36 (1830).
REM. Dans le même ouvrage, Fourier appelle bonnin, bonnine, les instituteurs pour les très jeunes enfants (3 ans) dans son système (in T. L. F.).
2 À quelques jours de là, revenant pareillement de la promenade avec ma bonne Mélanie (…)
France, le Petit Pierre, III, p. 24.
2 Bonne à tout faire; bonne : domestique qui fait le ménage, les courses, souvent la cuisine et vit chez ses employeurs. || Ils ont une bonne espagnole. || Une petite bonne. Boniche (péj.).
3 (…) si vous vous mariez, il vous faudra prendre une bonne. Un ménage amoureux ne peut pas vivre sans bonne. La bonne vous décharge de l'être matériel qui est en vous, vous évite cuisine, vaisselle, etc.
Giraudoux, les Aventures de Jérôme Bardini, p. 113.
4 On frappe à la porte. La bonne demande si on va bientôt dîner, sans ça tout sera brûlé, et si on ne se dépêche pas l'invité aura bu tout le Dubonnet (…)
R. Queneau, Pierrot mon ami, éd. L. de Poche, p. 30.
REM. Le mot, considéré comme péjoratif, disparaît au profit de domestique, et du terme administratif employé(e) de maison.
DÉR. Bobonne, boniche.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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